• "INFANS" SOUS SILENCE ok

                            "INFANS" SOUS SILENCE 


    "INFANS" SOUS SILENCE     Médiatiquement l’on désigne du doigt, des prêtres, si ce n’est l’Eglise Catholique elle même, des éducateurs, instituteurs, mais il ne nous faut pas ignorer que le principal lieu d'émergence d’actes pédophiles n’est pas le fait de prêtres ou professionnels au contact de l'enfance ou du «pervers du fond du bois» dont font partis certains internautes (qu’il faut bien sûr poursuivre).

         L'association "Enfance et Partage" créée en 1977, qui lutte depuis plus de 30 ans pour protéger et défendre les enfants contre la maltraitance a révélé que 7 fois sur 10 ces actes pédophiles se passent dans la famille ou environnement familiale. Cette réalité est d’autant plus terrible qu'elle est très largement ignorée du grand public. Pourquoi cette cécité ? Qu’est ce qui fait que nous nous préférons aveugles ?

         Je crois que se produit un phénomène de défense collective (aidé par les médias) qui consiste à détourner notre regard de cette réalité en désignant plus particulièrement des prêtres et l’Eglise Catholique. Cette cécité est compréhensible car il est plus aisé de désigner «coupable ou responsable» celui là qui semble être le plus différent de soi. Il est vrai que peu de personne aujourd’hui s’identifie à un prêtre ou à l’Eglise Catholique sur laquelle l’on peut donc aisément jeter le discrédit. Tandis que «la famille» renvoi à chacun de nous et à nous tous, ce qui rend la réalité plus difficile à regarder en face. Allons-nous alors, dans notre esprit, à chaque fois que l’on rencontre le membre d’une famille, le soupçonner de pédophilie comme certains le font vis-à-vis de prêtres ? Pas facile !

         Cependant, peut-on stratégiquement combattre la pédophilie en continuant à ignorer l’endroit qui souvent se trouve être son principale «lieu du crime» qu’est l’environnement familiale ?

         Est-ce que la pédophilie est le fait de quelques personnes déviantes ou est-ce aussi un phénomène qui questionne notre société. Dans le premier cas où la pédophilie ne serait que le fait de personnes déviantes : le pervers du «fond du bois» la réponse se résume à : mettons ceux-là hors d'état de nuire en prison ou psychiatrie, ainsi le problème sera réglé.

         Personnellement je pense que la pédophilie est aussi un phénomène sociétal qui nous questionne sur notre rapport à l’autre(s) et plus particulièrement aux autres qui à l'instar de l'Enfant, sont dans une situation de «vulnérabilité».

         Le mot «enfant» vient d'«infans» qui désigne l'enfant qui n'a pas encore acquis le langage. Il est celui «sans Parole» ce qui le place dans une extrême dépendance. Etre «sans parole» est le summum de la vulnérabilité. Sans besoin d’être un enfant, est «Infans» celui dont la parole est socialement discréditée. C’est le cas de personnes dépendantes en situation de handicap physique ou psychique. C’est le cas de personne d’un grand âge. C’est le cas de personnes SDF. C’était le cas (de moins en moins en France) de femmes et parmi elles, celles victimes de violences conjugales.

         Aussi à plus grande échelle -qui commet un «crime» de dictature contre un peuple, ne fait-il pas tout pour réduire ce même peuple au silence en supprimant les livres, journalistes, en censurant les réseaux de communications tel que le net par exemple.

         Mais revenons en démocratie. Est-ce que la vulnérabilité humaine trouve encore lieu d’être dans notre société ? Ou classifions-nous de plus en plus les personnes en deux groupes, les «battants» ou les «losers». Comment le citoyen que je suis se positionne relationnellement en présence d’une personne en situation d'«infans» dans la vie de tous les jours et par conséquent au sein même de la vie familiale ?

         Je crois que si les fléaux qui altèrent nos enfants qui sont les plus «vulnérables» ne nous conduisent pas chacun à nous remettre en question personnellement alors nous nous contenterons de ne mettre en cause que les pervers «du fond des bois».

         Mais peut-être oublions nous notre propre vulnérabilité et qu’un de ces jours seront-nous en situation d’«INFANS» comme d’autres personnes en dépendance le sont vis-à-vis de nous dans la vie courante.

         Il s’agit pour nous, en plus d’être muets, de ne pas être aveugles sur notre propre condition humaine et de nous questionner je crois sur la qualité de notre vie relationnelle.

         Nous sommes toujours prompts à considérer pour seule et unique responsable de nos maux quelques personnes toutes désignées par les medias (vue à la télé) ou par l’opinion publique. En revanche, la notion d’une quelquonque responsabilité collective se trouve bien sûr toujours évincée. Ca se passe comme si nous croyons que notre «acte de vivre» se trouvait complètement isolé de la multitude d’actes de vivre de tout autres citoyens sans aucun lien entre eux.

         Peut-être nous faudrait-il plus que notre JT quotidien pour donner matière à penser le monde et pousser notre réflexion plus loin que l’effet «Vu à la télé !».

                       Madinx